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Blog Jam's Brain / Olivier / 18.09.2008 / 2,441 Views /

Jacques Attali joue contre le temps, il a un point final où il veut aboutir et donc il court contre la montre.
C’est peut être pour cela qu’il aime autant les sabliers, on ne retourne pas le temps alors que tout revient, le temps et l’espace se confondent, comme la vie de ceux qui ne l’ont pas encore totalement vécue.
Je suis de très près, depuis très longtemps, Jacques Attali, en fait depuis petit comme un maitre, j’aime courir acheter ses livres, l’écouter ici et là, dans des conférences, des brunchs lorsqu’il présente ses livres, je me sens une connivence avec lui en tant qu’homme, en ne lui ayant adresser la parole que très rarement, comme une star que l’on voudrait préserver.
Je suis peut être un des rares à ne pas avoir aimé “une brêve histoire de l’avenir” que je trouve être un pastiche de livres précèdents, bien d’autres font partie de ma bibliothèque, “au propre et au figuré”, chemin de sagesse, il viendra, la vie eternelle, la confrérie des eveillés, 1492, l’homme nomade qui m’a très fortement marqué, Blaise pascal ou le génie français à relire pour les politiciens avec Gandhi dans l’autre poche…..
Hier soir, j’ai eu de la chance, beaucoup de chance……


Au théatre du Rond-Point, invité pour voir du cristal à la fumée, Jacques Attali est arrivé et est monté sur scène, sobre, presque grave, comme si ce que nous allions voir, était tellement abominable qu’il ne pouvait supporter applaudissement.
Jacques Attali,en auteur de pièce de théatre historique, mise en scène par Daniel Mesguich, sur le sujet “comment en est on arriver à la solution finale ?”

En fait, la pièce est la reprise de la date du 12 novembre 1938, une date qui intervient quelques jours après la nuit de cristal, Hermann Goering, numéro deux du régime, convoque à Berlin les barons du nazisme et des hauts fonctionnaires nazis.
Goering, chargé par Hitler de régler la “question juive”, ne veut plus de ce type d’actions anarchiques, fomentées par le ministre de la Propagande Joseph Goebbels, car elles s’avèrent coûteuses pour l’économie allemande.

Pour reconstituer cette scène, Jacques Attali s’est appuyé sur des notes d’un sténographe présent à la réunion et de compte-rendus des procès de Nuremberg.

Les mots et le jeu sont hyper précis, à tel point que la lecture des textes sur scène peut paraitre dérangeante, mais on comprend mieux pourquoi à la fin de la piêce.

Pour celui qui est conscient dès le départ que la “solution finale “s’est décidée ce soir là et pas en 1942 comme le déclarent la plupart des historiens, le coup de massue est dure et la précision est bien sur nécéssaire.

Je me suis pris à m’enerver contre moi même pendant la pièce, parce que moins concentré pendant un instant, j’ai loupé une idée, un morceau…., je suis heureux de découvrir ce matin que je vais pouvoir me procurer le livre.

L’atmosphère de la pièce est bourrée de symboles. On a plus à faire à une assemblée de voyoux de seconde zone, certes avec l’uniforme, mais des petites frappes qui jouent à l’intimidation et aux bluffs avec en toile de fond, Hitler apparaissant comme le parrain d’une secte sur laquelle on s’appuie pur dissoudre les disputes internes des intervenants qui pourraient faire capoter le plan final.

Hitler ou le satan, comme une voix extérieure, qui habite les hommes, en les divisant les uns contre les autres et en promulguant mérite personnel en divisant pour mieux régner.

Les hommes, ces voyoux, se sentent forts puisque tout est déjà décidé, et Hitler ne laisse pas tergiverser, le coup de fil de la fin comme une sommation ou une confirmation de ce que nous avons entendu.

Le plan était déjà reglé dans le Mein Kampf, depuis bien longtemps, Hitler avait besoin de l’adhésion de ses barons qui devant le montage de la séance par Goering ( admirablement joué par Bernard-Pierre Donnadieu ) ne peuvent conclure qu’à la solution finale.

Il y aurait tant et tant à dire sur nos petites faiblesses quotidiennes, notre égoïsme et notre individualisme….

Tout pourrait re-commencer, nous déclare l’écrivain si nous ne sommes pas sur nos gardes, d’ailleurs, personne ne réagit, lorsque la lumière s’allume en pleine scène pour nous demander si nous réagirions à leur place; et si cela recommançait, le public ( dont je faisai partie) trop bien assis, et trop peureux de se faire remarqué, ne bouge pas.
La conscience en nous, en eux, comme ce personnage, ce Ghost, qui se balade sur la scène comme un témoin d’outre-tombe.

J’ai applaudi à la fin de la représentation sans aucune retenue, et j’aurais voulu voir les artistes et les applaudir. Ceux qui sont capables d’agir sur nos consciences, méritent d’être applaudis, ces coups de semonce nous réveillent et nous laissent forts dans nos convictions d’un “never again, never again”

Théatre du Rond Point

du 16 au 28 septembre seulement

1 Commentaire
  1. Posté par laurence phitoussi le

    bravo !
    du vrai !
    du Oliver …

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